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Qui sommes-nous?

Sabotart fut fondé à Montréal en 2006 et, bien que voué à la littérature, à la théorie esthétique et aux arts visuels, en est venu à élargir son catalogue avec des essais sur le mouvement étudiant et la théorie révolutionnaire. Le collectif d’édition de Sabotart opère à partir d’une position critique libertaire, et s’organise sur un mode autogéré dans lequel les auteur-es collaborent activement au processus d’édition. Sabotart compte près d’une dizaine de publications à son actif, notamment Histoire du mouvement étudiant de 1983 à 2006 de Benoît Lacoursière (2007), La joie de la révolution, de Ken Knabb (2008) – qui demeure à ce jour la seule publication du traducteur américain de Guy Debord – et Brèches, de Raphaël Hubert (2012). Sa plus célèbre parution, On s’en câlisse. Histoire profane de la grève, du Collectif de Débrayage (2013), a obtenu un succès retentissant qui vint réaffirmer une fois de plus la pertinence d’une petite maison d’édition artisanale et radicale souhaitant donner une voix à ceux et celles qui désirent lutter par leur plume.

Sabotart vit le jour dans le but principal de combler un manque d’ouvrages artistiques et critiques, quasi inexistants chez les éditeurs dits indépendants. C’est effectivement parce que les ouvrages d’arts et de théories esthétiques sont très peu diffusés – ou le sont de manière dispendieuse — que Sabotart ouvrit les pages vierges de son catalogue à l’artiste peintre, poète, musicien et dériveur d’images Benoît Tremblay, avec l’ouvrage d’écrits pêle-mêle Un écorché vif comme tant d’autres.

Néanmoins, l’éditeur débutant qu’était Sabotart décida rapidement d’élargir sa portée afin de ne pas se restreindre à l’édition d’œuvres liées au champ de l’art. Cette étape fut franchie en 2007, avec la publication d’un livre d’histoire du mouvement étudiant québécois. Grâce au support de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) de l’époque, le succès de ce titre fut rapide et instantané, quoiqu’assez éphémère. À cette époque Sabotart s’occupait de toutes les sphères de la production du livre, de la conception à la distribution. Malheureusement, les presses Émile-Pouget, qui assuraient l’impression des ouvrages, durent fermer leurs portes en 2008, après avoir secrété deux autres publications.

Suite à ce changement majeur, Sabotart prit une courte pause afin de réfléchir à son avenir. C’est en 2008 que la petite maison d’édition reprit ses activités, toujours sans subventions, en éditant deux titres qui lui permirent de se rapprocher de son but : faire des ouvrages à saveur artistique, campés dans une tendance critique et moins léchée que les livres d’art conventionnels. Toutefois, diverses difficultés viendront forcer la dormance de Sabotart, qui eut alors besoin de prendre des forces.

Or, Sabotart n’abandonna pas la partie pour autant : trois anartistes reprirent les activités de la petite maison d’édition, dans le même créneau, avec plus de force et d’expérience. Ayant travaillé ensemble au sein du Bloc des auteur.e.s anarchistes, regroupement basé à Montréal, ils convinrent de transformer Sabotart en un collectif d’édition bataillant ardemment sur le front culturel. Ce retour en force permit à Sabotart de publier trois ouvrages coup sur coup entre la fin 2012 et le début 2013. C’est lors de cette réunion des trois comparses que fut décidé la transformation de Sabotart en un collectif organisant ses activités sur un modèle coopératif. Ainsi, les auteur-es sont invité-es à participer d’abord financièrement à la parution de leur ouvrage -- les profits étant ensuite redistribués selon le pourcentage mis en jeu par les auteur-es d’une part, et par Sabotart de l’autre. Malgré les maigres ressources financières des membres du collectif d’édition, nous pûmes publier trois bouquins lors de la première année du renouveau de Sabotart.

Cette vision de l’édition coopérative pose ses questions : qu’arrive-t-il lorsque les auteur-es manquent de fonds pour assurer la part qui leur revient d’assumer selon ce modèle? Que faire des auteur-es qui manquent de temps pour assurer le suivi nécessaire au travail que réalise le collectif ? Jusqu’à présent, de telles questions se sont posées sans que nous eussions une réponse toute faite. C’est par des discussions traitées au cas par cas que nous avons pu réussir à maintenir, non par une ligne éditoriale ; à tout le moins une poursuite de nos activités. Concrètement, le collectif se base sur un processus de décision informel, soucieux du partage égalitaire des responsabilités et des pouvoirs. Au sein de chaque projet, l’auteur-e collabore plus ou moins activement, selon un mode d’entente élaboré en fonction des désirs et besoins de ceux et celles qui participent au projet. Cette entente énonce aussi les bases d’un partage égalitaire des coûts/bénéfices, selon les moyens de chacun-e, et des tâches à effectuer. Sabotart s’occupe ainsi, selon l’accord avec l’auteur-e, des communications, de la diffusion et de la distribution du livre.

Pour nous, l’autogestion consiste en la mise en commun de moyens équivalents aux fins que nous poursuivons, bref, que le processus d’édition soit empreint d’égalité, d’autonomie et de solidarité. Non seulement la gestion capitaliste, managériale et productiviste est une nuisance tant pour ceux et celles qui la subissent qu’au niveau de ses productions, mais nous considérons que la littérature, l’art et la pensée sont des domaines trop importants et trop complexes pour être rabattus dans le champ de la marchandise. C’est entre autres pourquoi nous comprenons l’autogestion comme un mode d’organisation et de production par et pour ceux et celles qui souhaitent plus d’art dans la vie et plus de vie dans l’art. En ce sens, les livres de Sabotart sont édités de manière artisanale, imprégnés de la pensée du Do it yourself, afin de préserver la plus grande marge de manœuvre créative possible. Cette marge de manœuvre est toujours à défendre : sur le front culturel, Sabotart lance un assaut avec ses propres armes, et proclame que dans la guerre sociale en cours, il faut oser détruire pour arriver à créer.

Éditer des livres de manière autogérée ne va pas sans difficulté, comme en témoignent les nombreuses pauses prises par Sabotart durant sa brève existence. Difficulté de mener de front des activités d’édition et d’(auto)impression, difficulté de la distribution hors de Montréal... Si nous sommes parvenus à autogérer le processus d’édition, ce n’est pas le cas de l’ensemble du processus de production des livres. Sans compter la sempiternelle difficulté du financement : le collectif désire préserver son autonomie, et ne souhaite pas, au regard de ses principes libertaires, collaborer avec les institutions étatiques ou privées. Cependant, l’autofinancement semble avoir ses limites. Jusqu’où (et quand) pourrons-nous éditer des livres de manière autonome, en évitant à la fois les écueils de la collaboration et de l’épuisement? Nous savons, pour donner suite à nos diverses expériences d’autogestion dans plusieurs domaines, que ces difficultés sont inhérentes à toute entreprise autogestionnaire dans une société capitaliste. Même si les membres du collectif ont participé individuellement à divers projets relevant de l’autogestion et de l’organisation anarchiste, il n’y a jamais de réponse toute faite permettant de faire face à l’éventail des situations problématiques possibles. Nous pouvons cependant partager nos expériences.

Le réseautage semble certes être une voie intéressante pour que les diverses initiatives d’autogestion se solidifient mutuellement tout en préservant leur autonomie. En ce sens, la mise sur pied du regroupement plus ou moins formel d’éditeurs indépendants, diffusion Dynamo-Machines, est une voie intéressante. Sans l’ombre d’un doute, les éditeurs indépendants et libertaires doivent s’organiser afin de contrer les impératifs marchands du capitalisme culturel. Un éditeur collaborant au tentaculaire empire Québecor (Média) pour la distribution ou la vente de ses livres ne peut décemment pas se dire indépendant. Tout comme un éditeur ne peut se qualifier de sympathisant lorsque ses livres anarchisants sont vendus dans un Renaud-Bray. Devant les défis posés par le capitalisme culturel, c’est à nous de répondre avec la force créative que nous prétendons incarner avec nos livres. L’imagination est une dimension motrice indéniable lorsque vient le temps de trouver des solutions à un problème d’apparence insolvable, insurmontable. De l’impression à la vente en librairie, il est possible en y mettant les efforts de créer un réseau alternatif et coopératif entre les acteurs de l’undergound, qui refusent la médiation capitaliste dans leur apport au monde du livre et des idées.

Quoi qu’il en soit, nous sommes toujours motivés à continuer de produire des livres originaux qui donnent la parole à des auteur-es et artistes qui, comme nous, en ont marre de l’ordre établi et désirent, par leurs créations, contribuer à lutter pour des manières de vivres qui nous ressemblent davantage.

L’avenir nous réserve-t-il quelque chose ? Comme tout collectif libertaire autofinancé, la question se pose durement. Sommes-nous trop engagés pour cesser purement et simplement d’exister ? Nos nombreuses pauses sont autant de nombreuses retrouvailles. Les difficultés apportées par ce que la section culturelle du capitalisme génère en termes d’attentes, d’efficacité et d’organisation nous pousseront toujours aux limites de nos capacités, mais aussi à subvertir constamment les contraintes que le système impose à notre imagination.